mamanprout_burnoutblogo

Je blogue en tant que Maman Prout depuis 5 ans et 7 mois. En vérité, je blogue depuis 14 ans, à l'époque des skyblogs, de ces petites fenêtres où l'on pouvait écrire comme dans un journal intime, tantôt sur mes multiples tentatives de régimes, tantôt sur des recettes que je partageais en salivant, tantôt en mode lifestyle alors que ce mot n'existait pas encore, juste pour le plaisir d'écrire. Car oui, ouvrir un blog, au départ, c'est pour la passion de l'écriture, de jouer avec les petits caractères, de partager avec le monde entier sans forcément être lu par le monde entier. Écrire pour se construire. Écrire pour avancer. Écrire pour laisser une trace. Tenir un blog, ça n'a rien de professionnel ou de lucratif, c'est du temps, de l'amour et une grosse part de soi...enfin en théorie. Pourtant depuis quelques semaines, j'en peux plus, je suis en plein burn-out de la blogosphère...

Je l'avoue, le blog est devenu un poids pour moi. Un truc qui ne me donne plus autant de plaisir qu'avant. Pourquoi? La pression des réseaux sociaux, qui, dans ce monde du tout à l'image, doivent être aussi sublimes qu'une pub pour Ricoré. Les demandes pressantes ou extravagantes de certaines agences, certaines marques pour être utilisée comme une pancarte publicitaire. Les blogueuses qui se font des papouillent par devant et des lynchages par derrière. La course aux évents, qui sera invité au plus beau, au plus prestigieux, qui recevra le plus gros cadeau? Les photos que je retouche, recadre, filtre, peaufine pour illustrer mes écrits afin d'attirer l'attention de mon lectorat. Les propos de plus en plus virulents de quelques lecteurs qui me désarçonnent complètement. Mon nom et mon blog intimement liés ce qui engendre des difficultés lourdes à porter dans le monde professionnel. Et surtout, surtout, une énergie folle, un temps si précieux qui s'envolent toujours un peu plus chaque jour. Mon blog ne devrait pas être une contrainte. Mon blog ne devrait pas être source d'angoisse: vais-je réussir à publier à temps? Vais-je attirer des commentaires bienveillants non polémiques? Vais-je trouver du plaisir à écrire cet article?

Je suis un bisounours. Je suis maman solo de deux maximonstres. Je suis une working-girl. J'ai des projets plein la tête. Bref, si je rajoute le blog à mon arc, j'ai l'impression d'imploser...moi qui prône la slow life. J'ai beaucoup parlé autour de moi de ce mal-être, avec d'autres blogueuses, des anciennes comme moi et des plus récentes. Une chose est sûre, je vais parler comme une vieille: la blogosphère, c'est plus comme avant. Avant on remarquait une blogueuse par la qualité de ses écrits, par la singularité des sujets traités...pas pour son cul affiché sur Instagram ou la course aux followers qu'elle engage chaque jour en restant ultra lisse ou politiquement correcte. Avant on privilégiait le contact humain, l'investissement ou l'implication dans les partenariats...pas une suite de chiffres crachés par Google qui définissent si tu es banckable ou pas. C'est la vie en 2019 tu me diras. Peut-être...mais ai-je encore envie de bloguer maintenant? J'aimerai retrouver l'insouciance sous mes doigts, ne pas me sentir contrainte dans mes écrits car je sais que telle ou telle personne va les lire. C'est épuisant... J'ai recueilli quelques témoignages, ils ont fait tellement écho en moi que j'ai préféré te les partager, en vrac, tels quels, car ils sont comme un tourbillon qui bouillonne en moi...car c'est vrai, je n'aurai pas dit mieux.

"Parfois, je me sens prisonnière de mon blog. J'y consacre toutes mes soirées sans prendre du vrai temps pour moi."

Poupette World

"Je me suis posée beaucoup la questions il y a un an ou deux. J'en avais fait un billet d'ailleurs. J'étais un peu déçue du comportement "gratteur" de certaines blogueuses et je me sentais parfois prise au piège de la deadline imposée par les partenariats. Quand tu écris en te disant "il faut", tu vois que tu as un peu perdue l'essence de ce qui t'a fait créer un blog... Depuis je réfléchis à deux fois avant d'accepter un partenariat, en me demandant si j'ai vraiment besoin de ce qu'on me propose et si ça ne va pas me saouler au moment d'écrire l'article. A côté de çà, et même si j'adore écrire et partager, il m'arrive encore régulièrement de me demander pourquoi je blogue et si mon temps ne serait pas mieux employé à autre chose..."

Kidfriendly

"Je suis dans une optique de stopper ma surconsommation alors recevoir des trucs qui s'empilent dans les placards, non merci. Je sélectionne beaucoup plus mes partenariats. Faut être cohérent avec soi, ses lecteurs aussi. Ne pas se vendre mais ne pas non plus se brader."

Olive Banane et Pastèque

"Lorsque j'ai commencé à rédiger mes articles sur Egalimère, j'avais cette naïveté de penser que je pourrai faire avancer les choses en matière d'égalité femmes-hommes, de semer des petites graines qui allaient germer dans la tête des gens et les amener à réfléchir, à changer de regard. A se poser des questions sur l'orientation des filles vers les métiers du soin, du social et les garçons vers les sciences. Réaliser que le rose et le bleu ne sont pas des couleurs de filles ou de garçons mais que leur utilisation par les gens du marketing ont fortement influencé notre perception des choses. Ou encore, que c'est parce que les femmes assument encore la plupart des tâches domestiques et l'éducation des enfants que cela a un impact sur leur carrière, leur salaire et à terme, leur retraite. Parler des violences faites aux femmes ou encore de ces fausses images véhiculées dans les magazines sur le corps des femmes. J'en étais convaincue et c'est ce qui m'a animée pendant ces 5 années. 
Mais voilà, je commence à être lasse de mener ces combats, de devoir essuyer des remarques, réflexions, insultes pour des idées que je porte en moi.  
Je suis fatiguée de constater qu'il y aura toujours une personne pour venir contredire ce que je publie, venir m'expliquer de manière pas toujours très empathique ni pédagogue leur manière de voir les choses. 
Je suis blessée à chaque fois qu'on me renvoie que mon éducation est néfaste pour mes enfants, que ces derniers sont en danger à cause de mes idées et des valeurs que je souhaite leur transmettre. 
Alors, je crois bien qu'après toutes ces années, j'ai envie d'autre chose. Ces années ont été très riches, je ne regrette rien bien au contraire. Ce blog m'a permis d'informer sur ces sujets et c'est pourquoi je ne le fermerai pas. 
Mais voilà, je ne suis pas wonder woman, je ne changerai pas le monde.
  Depuis quelques semaines, Egalimère ne me ressemble plus. Je n'ai plus envie de porter ce costume de super-héroïne, plus envie de prendre des coups, plus envie me battre contre des moulins. 
Je ne rends pas les armes, je continue à mener ces combats au quotidien au travers de différentes activités associatives."   

"J'aimerai que les gens se rendent compte du travail que c'est... On entend souvent: "Oh la chance, tu as eu çà gratuit!" Alors oui c'est vrai mais derrière, c'est des heures de travail, entre les posts, les photos, les vidéos, la rédaction d'articles."

Ludi et Compagnie

"Avec la blogo, il faut faire très attention de ne pas être dans l'envie. Ne pas passer sa vie à regarder les stories et comparer les évents. Il y a de la place pour tout le monde mais surtout surtout il faut rester soi même et ne pas succomber à l'appel des sirènes. Si tu n'en as pas besoin ou si ça ne te parle pas, ne te force pas. Il y a de moins en moins de place pour le blogging avec les nouveaux Instragrameurs ou YouTubeurs alors il faut se serrer les coudes. Je suis pour la vraie blogo familiale...pas la photo de magazine où tout est faussé."

Hastag Mum

"Se sentir parfois voir souvent "nulle", inintéressante lorsque tu te confrontes à certaines blogueuses qui te donnent la sensation d'être minable..."

Chouquettes And Co

"C'est fatiguant d'essayer de faire du joli contenu et de ne pas être vue!"

La Tambouille de Bouille

"Mon ressenti est que lorsque l'on s'applique à mettre des filtres sur sa vie pour montrer du joli sur la Toile, on en devient nous même prisonnière parce qu'on finit par y croire au point de rejeter cette vie réelle."

ex Hysterik Mum

"Quand les gens de ta communauté qui, parce que tu partages ton quotidien en public sur la Toile, se croient permis de venir cracher leur venin sur tes moindres faits et gestes...ça blesse, ça révolte."

Ludi et Compagnie

"C'est plus que perso, je m'y retrouve plus. J'ai besoin d'un break pour voir si j'arrête ou si je continue."

Wow Mum

"J'en peux plus des agences qui ne respectent pas notre travail, qui nous mettent constamment en concurrence les unes contre les autres, qui préfèrent regarder les chiffres souvent faussés au lieu de regarder la qualité. J'en peux plus de certaines concouristes qui n'ont aucun respect pour nous. J'en peux plus de découvrir les groupes à lynchages de blogueuses sur les réseaux sociaux."

Maman Pouponne Papa Bricole

"Je ne me suis jamais sentie aussi seule qu'à ma période blogging. Être entourée de gens qui likent ce qu'ils pensent être une vie de rêve ne donnent plus "le droit" d'aller mal quelque part. On semble être entourée, mais on s'isole des gens qui composent vraiment notre vie. Il y a toujours cet intermédiaire de l'écran. La chanson de Soprano sur son téléphone reflète vraiment ma pensée."

ex Hysterik Mum

Je n'ai pas d'autres mots. Ce "burn-out de la blogosphère" a ni queue ni tête mais il a le mérite de poser des mots sur des maux. Une certaine libération même si je ne sais pas en quoi cela va aboutir. Maman Prout va-t-elle s'éteindre peu à peu? Ou alors vais-je me recentrer sur l'essentiel, sur ce qui me fait vibrer? Je suis tellement lessivée, je vais pour le moment me laisser porter tout doucement... Merci à toutes pour avoir pris le temps d'échanger avec moi, je me sens moins seule dans mon mal-être...n'est-ce pas çà la blogosphère, échanger, partager, s'enrichir?