Lors de mes études d'éducatrice de jeunes enfants, il y a de çà plus de 10 ans, j'ai lu un livre de Christine Schul qui m'a beaucoup marqué, intitulé Vivre en crèche: remédier aux douces violences. Lorsque je me suis réveillée ce matin le cerveau un peu en vrac avant l'heure des poules, il s'est imposé à moi, je ne pensais qu'à lui...en faisant un parallèle avec le monde du travail. J'imagine que tu dois vivre bon nombre de douces violences psychologiques au travail, n'est-ce pas? Ces managers qui te disent un grand oui puis quelques semaines plus tard un ferme non, te prenant pour un déséquilibré mental qui ne comprend rien à rien. Ces supérieurs qui refusent de te donner toute trace écrite des décisions prises en réunion afin que rester cantonné dans un exercice de funambule sans preuve palpable. Ce sentiment permanent que les informations sont délibérément filtrées. Ces appels et SMS du travail en soirée, en week-end, toujours plus pressants. Ce regard noir quand tu expliques que tu ne vérifies pas ta mailbox à la maison. Ces gestes ou paroles insultants qui passent presqu'inaperçus, sans sanction véritable qu'un léger rabrouement. Ces réunions toujours plus nombreuses, exclusivement en soirée, qui te font travailler plus treize, quatorze ou quinze heures d'affilées sans que ça ne fasse sourciller quiconque. Ces personnes qui ne t'adressent même pas la parole alors que tu dois travailler en direct avec elles. De quoi perdre la santé... De quoi perdre la raison...

Ce n'est pas vraiment du harcèlement, tu sais, ce gros mot imprononçable en entreprise. Ce n'est pas vraiment le burn-out, quoiqu'il est là, planant au dessus de ta carcasse. C'est un truc indéfinissable, qui te ronge doucement de l'intérieur. Ces douces violences, je les compare souvent aux détraqueurs, ces personnages d'Harry Potter qui aspirent l'âme d'une personne afin de la mettre dans un état végétatif permanent. Elles viennent parfois à te faire pleurer de stress lors du trajet jusqu'au travail. Elles viennent souvent à te faire éclater en sanglots face au mur d'incompréhension devant tes collaborateurs, tes supérieurs et même tes clients. Elles viennent à perturber ton sommeil depuis de longs mois. Elles viennent à te faire manger frénétiquement pour combler l'angoisse qui grandit lorsque tu es au boulot. Elles viennent à te faire perdre toute crédibilité, toute confiance en toi, toute énergie: de toutes façons, tu mérites bien ce qu'il t'arrive, tu n'es qu'un gros nul.

La spirale infernale malgré les appels à l'aide. Les douces violences psychologiques qui s'intensifient pour te faire craquer. Et cette impression d'être un rat prit au piège. Ils ont gagné. Gagner quoi? La libération de cette parole. Ne jamais, jamais, jamais rester seul face à ces douces violences psychologiques au travail...ou quelque soit le nom que tu lui donnes. Parler pour se sauver. Il y a deux ans, j'écrivais déjà sur la nature humaine. Ce que j'ai compris de cette expérience, c'est que malgré tous les efforts possibles dans un sens ou dans l'autre, je ne peux changer les gens et parfois, la meilleure solution, c'est la fuite... Je rêve de vivre entre Bisounours et de ne plus jamais croiser un seul Iznogoud sur mon chemin. Pas toi? Alors, si on y allait?

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