Je suis une sentimentale. Je m'attache aux petites choses qui semblent futiles pour le commun des mortels. Un petit mot, un ticket de concert, un dessin gribouillée, une photo jaunie par le temps: voici mes trésors à moi. Pour autant, je n'ai pas l'impression de vivre dans le passé, mais ces souvenirs-là sont les résultats de la femme que je suis aujourd'hui. Je préférerai mille fois que l'on me vole ma télé ou ma collection de chaussures, plutôt que l'on touche à mes précieuses photos. Dans mon moulin, dans ce petit cocon baigné de lumière, il y en a partout. Sur les murs, joliment encadrées, elles exposent les moments importants de la vie de mes deux amours. Sur le frigo paré de dizaines de magnets multicolores, elles illustrent les fous rires et autres blagues de notre famille. Dans mon porte-feuille, elles m'accompagnent partout comme un talisman.

Pourtant ces derniers jours, je m'arrête de plus en plus devant ses souvenirs et je me questionne. Serai-je la même après? Serai-je toujours heureuse, à rire et à profiter de chaque petit bonheur que la vie m'apporte? Mes enfants retrouveront-ils toujours leur maman en me regardant? Mon regard, ce qu'on appelle communément, la fenêtre de l'âme, va-t-il changer à tout jamais? Plus que 14 jours et mon visage va fondamentalement se transformer. Plus par nécessité que par choix. Et je suis morte de trouille. Défigurée ou bien sublimée, telle est la question. Mélanome ou vieillissement naturel du naevus, telle est l'autre question. Et comme ça fait si longtemps que je ne me suis pas fait opérer, j'ai tout un tas d'angoisses qui remontent à la surface. Le pansement, la douleur, les soins, la fatigue de l'anesthésie, le regard des autres, les explications à donner. Bordel, il va quand même me faire un trou dans le crâne pour fixer le coin externe de ma paupière! Et je suis morte de trouille.

Je suis devant le frigo, la porte ouverte une brique de jus de pommes à la main, je me fige devant ce magnet photo rétro que j'adore. Nous 3, sapés comme jamais, devant le sapin de Noël. En noir et blanc, évidemment. Je nous trouve beaux. Je nous trouve heureux. Le sourire espiègle de mon Ouistiti, le regard si pénétrant de ma Zébulon. Mes mains fermement arrimées aux leurs. Et je ne peux m'empêcher de me demander si, après, je nous trouverai toujours aussi beaux, toujours aussi heureux. Vais-je me reconnaître? Vais-je accepter ce nouveau visage? J'aimerai parfois débrancher mon cerveau. Arrêter de se souvenir de tout, oublier un peu l'avant, ne pas se soucier de l'après, profiter du présent. Pour tout simplement avancer.

Mamanprout (1)

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