mamanprout_opérationORLOuistiti

Il y a des expériences qu'une maman ne devrait jamais vivre. Parce que c'est trop douloureux. Parce que l'impuissance les paralyse. Je suis pourtant une enfant hospitalisée. Ses longs couloirs blancs, ses bavoirs en plastique accompagnés du bol de soupe insipide à 18h30, ses pansements sur mon oeil, bref, je me souviens et pour moi, c'était que du positif. J'avais ma maman toujours auprès de moi. Et puis ce toboggan dans la salle d'attente qui ressemblait à un petit paradis sur Terre. Paraît-il que cela s'appelle la résilience. Alors pour accompagner Ouistiti lors de sa triple opération de la sphère ORL, j'étais presque sereine. Cela ne devrait pas être si difficile à gérer. Mais pourtant...

J'ai eu cette douleur dans la poitrine quand j'ai compris que je ne pouvais pas l'accompagner jusqu'au bloc opératoire, laissant ses immenses yeux bleus mi interrogatifs mi angoissés dans son lit à barreaux à la porte de l'ascenseur. J'ai détesté le silence oppressant de la chambre en attendant son retour, tout comme le fait de ne pas être à ses côtés en salle de réveil. J'ai eu un battement de coeur raté quand l'infirmière m'a annoncé que son réveil avait été difficile et douloureux, qu'on lui avait donné de la morphine. Je n'ai pas compris ses pleurs quand il m'a vu à son retour. Je me suis imaginée mille et un scénarios devant son doudou totalement tâché de sang. Je n'ai pas reconnu les traits de son visage, comme figés. J'ai été impressionnée du flux de sang noir qu'il a vomi, remplissant entièrement 2 haricots en carton. J'ai été désarmée face à sa colère lorsque qu'il a découvert que sa petite main était reliée à un tuyau. J'ai tâtonné avec son nouveau régime alimentaire: de l'eau toutes les 5 minutes, de la compote, de la glace, du yaourt, chaque petite cuillère étant une victoire. J'ai eu l'impression de retrouver un nouveau-né aux besoins intenses plutôt qu'un petit garçon de 2 ans et demi tellement je l'ai vu se stresser à chaque sortie de son champs de vision. 

Et puis, il s'est apaisé.

Deux semaines à dormir avec moi, tout contre mon coeur, là où il se sentait protégé. Deux semaines à jongler avec les médicaments pour ne surtout pas louper l'heure de l'antidouleur. Deux semaines à savourer de la glace au chocolat au petit déjeuner pour enfin soulager le feu de sa gorge. Deux semaines pour peu à peu, retrouver mon petit garçon coquin et l'entendre enfin dire: "Entends Maman, entends oreille!!!"...