Toujours la même rengaine. Toujours ce même sentiment de vide intérieur. Toujours ce silence écrasant qui me colle à la peau. Ces vacances sans moi, ces brides de leurs vies que je ne connaîtrai jamais, je les hais. Je les déteste, je leur crache à la gueule. Je fais mine de faire bonne figure mais intérieurement je hurle. Je les voudrais là, près de moi, avec leur espièglerie, leurs rires qui résonneraient dans mon coeur. Devenir maman m'a bien plus que changer la vie: cela m'a changé tout court. Je ne suis plus la même et aujourd'hui, sans eux, j'ai l'impression d'être amputée. Une semaine, huit jours, cent quatre-vingt dix heures, pour certains, ce n'est rien. Pas pour moi. Je n'ai qu'une envie, faire les quelques kilomètres qui nous séparent pour les serrer dans mes bras. Enfouir mon nez dans leur cou. Caresser leurs cheveux blonds comme les blés. M'émerveiller devant cette petite étincelle de vie dans leurs yeux. J'ai beau tenté de "m'occuper ou prendre soin de moi" comme le conseillent tous les bien-pensants n'imaginant pas la peine de devoir quitter ses enfants, ma vie ne sera jamais aussi remplie qu'avec eux. Je joue alors une grande comédie: j'anticipe nos prochaines vacances, je brique leur chambre, j'entasse les valises. Accessoirement, je vais travailler. Faire semblant que tout cela ne m'affecte pas. Faire comme ci j'étais toujours la même. Non. Je ne peux être la même, être mère sans enfant. Est-ce qu'un jour ce sentiment s'estompera? Comme je comprends toutes ces mères au bout du rouleau qui rêveraient d'être à ma place pour souffler un peu...mais finalement, je ne leur souhaiterai jamais ma situation. S'évader quelques heures loin du train-train quotidien est une chose. Se voir retirer ses enfants à date fixe en est une autre. Toute l'ambivalence d'une mère. Il n'y a rien à faire qu'à attendre et voir s'égrainer bien trop lentement les heures qui nous séparent. Putain qu'ils me manquent...

347H