Je suis révoltée. Triste, déçue, exaspérée, et même dans une totale incompréhension. J'ai un rêve professionnel, travailler avec des jeunes enfants en situation de handicap. Avant, j'aurai mis ce rêve de côté, privilégier le confort du train-train quotidien, de ne pas se casser la tête à chercher, à persévérer, à pousser des portes que j'aurai crû inaccessibles. Mais çà, c'était avant ma renaissance. J'ai besoin de vivre pour moi, j'ai besoin de m'épanouir, j'ai besoin de me sentir utile, d'être reconnue dans mes compétences, valorisée. Je ne veux plus m'emmerder professionnellement. Non, çà, c'est fini. Je préférerais vibrer un peu tous les jours. La vie est bien trop courte pour ne pas la vivre intensément. Alors je veux faire de ce rêve une réalité. Il y a quelques jours, après une dizaine de mois de calme plat, deux offres d'emploi inespérées: près de chez moi, dans le milieu du handicap, avec des enfants. Je crois à une illusion, je rechecke, c'est bien çà. Comme très habituellement, il ne cherche pas l'éducatrice de jeunes enfants que je suis mais un éducateur spécialisé: deux formations de même niveau très proches et complémentaires. Je tente ma chance car je crois en moi, en la richesse de mes nombreuses expériences, en mon savoir-être avec ce public. Je l'ai déjà fait, je sais que j'y suis à ma place. Mon rêve est à portée de doigts. Pourtant, le couperet tombera quelques heures plus tard: le directeur, très intéressé par mon curriculum vitae atypique, ne peut rien faire, l'agence régionale de santé exige un éducateur spécialisé diplômé et non un éducateur de jeunes enfants...pour s'occuper d'enfants de 0 à 14 ans avec des déficiences mentales. Pieds et poings liés par cette foutue administration. Nous marchons sur la tête. La richesse d'une équipe pluridisciplinaire, d'horizons différents, c'est çà qui permet une prise en charge optimum. Les éducateurs spécialisés ont des connaissances très pointus sur le handicap. Mais pour l'agence, pour s'occuper d'enfants, il ne faut pas de spécialiste de l'enfant. Seulement du handicap. Et voilà pourquoi je suis révoltée. Pour moi, ce sont des enfants avant le handicap, qui ont aussi besoin de professionnels avec des connaissances en pédagogie, en acquisition des apprentissages, en coparentalité, en gestion des conflits, en intérêt du jeu... Encore cette foutue petite case. Ne pas sortir du rang, au risque de te faire couper la tête. Être rangée là, sur la ligne et c'est tout. Et mon rêve dans tout çà? Foutue petite case. Foutue petite case...

stormtrooper-1343877_960_720