Quand tu es maman solo, tu fais parfois des trucs un peu fou, parce que tu dois jongler avec les emplois du temps, parce que tu es souvent fatiguée fois deux, parce que tu as vraiment besoin de relâcher la pression, parce que tu gères tout, seule, tant bien que mal. Comme faire des dîners dans le bain...ou descendre la poubelle au pied du moulin alors qu'ils dorment. C'est ainsi que j'ai emmené mon fils Ouistiti, pas encore 2 ans, à un entretien d'embauche... Ouais, même pas peur.

En fin de mission à l'IME (à mon grand regret), je me torture la cervelle depuis deux mois pour décrocher le sacro-saint graal dans ma situation: un CDI! Lettre de motivation, CV, candidature spontanée, réponse aux annonces de Pôle Emploi, je ratisse large et j'enchaîne les entretiens d'embauche aux quatre coins du département avec une énergie folle. Sauf que pour ce dernier entretien, impossible de se caler une date, il ne leur reste qu'un créneau où j'ai mon Ouistiti avec moi. Et impossible pour le moment de parler à mon assistante maternelle de tout çà... "C'est pas grave, c'est une crèche parentale ici, vous pouvez venir avec lui!" Ah bon? Passer un entretien d'embauche avec mon bébé? Bon, j'ai pas trop réfléchi et j'y suis allée...

Accueil avec le sourire, quelques puzzles et des cubes en bois pour l'occuper au sol pendant que je m'installe au bureau: mes yeux naviguent entre mon fils et mes deux interlocutrices. Avant notre arrivée, j'ai supplié un millier de fois mon Ouistiti de rester sage, lui promettant bonbons, chocolats et manèges illimités s'il m'écoutait avant d'enfourner son doudou poisseux dans la poche de mon manteau. Un poil crispée la Maman Prout. Je tente de scinder mon attention en deux, je sais que je suis aussi analysée sur mes réactions de maman face à mon fils. Ce coquin a repéré les biscuits au chocolat posés négligemment à sa hauteur et fourre déjà sa petite main dans le paquet. Je suis rouge de honte, je sens la crise arriver. Heureusement, elles lui en offrent un, me demandant seulement si je l'autorisais. Oui oui oui, je veux juste que mon Ouistiti reste tranquille dans le mètre carré qui lui ai proposé pendant encore une vingtaine de minutes. Il bidouillera pourtant aux boutons du ventilateur, se prendra un store en bois posé dans un coin sur le front (merci à doudou d'être là), quémandera avec insistance à boire puisqu'une bouteille d'eau entamée était dans son champ de vision. Je reste calme, tout du moins j'essaie face à ma tornade. Je parle de mon expérience d'éducatrice et directrice en multi-accueil. Que je signe un peu avec mon fils car je pratique un chouille le makaton dans mon travail et donc oui, c'est un automatisme. Que je déteste les gommettes et adore les ateliers créatifs homemade (peindre avec des sachets de thé ou de la betterave cuite, c'est tout de même plus fun). Elles complimentent mon fils parce qu'il daigne ranger 3 cubes dans le bac (mais pas les 27 autres). Je tente de refaire un puzzle à encastrement mais j'ai du mal à mettre cette fichue étoile de mer dans le bon sens: "Il est temps que je revienne en crèche pour me remettre à niveau en puzzles" dis-je. Des catastrophes à minima, une dernier poignée de main et mon Ouistiti barbouillé de chocolat qui agite sa petite menotte en meuglant: "Bybyyyye!!". Voilà, clap de end, nous avons survécu à cette entretien d'embauche, ensemble.

Quelques heures plus tard, je reçois le fameux coup de téléphone: il m'offre le poste de référente technique à la crèche parentale. Je n'y crois pas. Le charme de mon Ouistiti a opéré...ou alors elles étaient aveugles? Bref, j'ai emmené mon fils à un entretien d'embauche...et j'ai décroché un CDI!

mamanprout_cdi