C'est fou à quel point je suis ambivalente.

Je me rappelle encore des p'tits conseils aux parents que je donnais au boulot...ceux que je n'arrive pas à appliquer moi-même dans mon foyer. Je me rappelle du bonheur dans les yeux de mes "grands" de 2-3 ans quand j'allais piller la réserve de jouets des bébés et que je leurs rapportais tableaux d'éveil, tours d'anneaux et autres hochets pour tout-petits. Je me rappelle des gros yeux de certaines de mes collègues et de leurs commentaires acides: "Si les parents voyaient çà, ils feraient un scandale!" qui me faisaient tellement rire. Laisser le droit de redevenir petit. Tout-petit. Rien qu'un instant. Sans pression. Sans le devoir de toujours et encore pousser vers l'avant. S'arrêter et prendre le temps. Tout son temps.

Alors pourquoi je ne peux pas tolérer que Zébulon fasse pareil? Pourquoi?!?

Je crie, que dis-je, je hurle devant cette petite fille qui me lance tous les signaux de "je veux redevenir bébé, pour qu'on s'occupe de moi, comme tu t'occupes d'Ouistiti". Elle refuse de manger. Même ce qu'elle aime. A croire qu'elle a perdu ses dents. Et ça mâchouille, et ça mâchouille sans jamais avaler. La seule chose qui marche? Que je la prenne sur mes genoux et que je lui donne la becquée. Comme un bébé. Quand je lui fais la remarque, elle me dit fermement qu'elle n'est pas un bébé. Mais son comportement me prouve le contraire. Elle cherche l'attention, me sollicite pour faire moultes activités, et les vacances n'arrangent rien. Je ne peux pas faire comme si Ouistiti n'existait pas. Ce petit bébé de presque 3 mois demande du temps, de l'attention, des bras. Du temps en moins, de l'attention en moins, des bras en moins pour Zébulon. 

Je suis tiraillée. Ecartelée.

C'est comme si j'avais deux bébés à la maison et je ne le supporte pas. J'ai honte de moi. De mon comportement de mère en carton. Ce passage d'enfant unique à aînée de fratrie, je n'arrive pas à l'accompagner. Je me sens nulle et impuissante. Pour Zébulon, Ouistiti est une poupée qui rayonne tant que ses parents n'ont yeux que pour elle. Alors elle voudrait faire pareil, retenir la même attention. Mais je ne l'accepte pas. A bientôt 5 ans, je n'arrive pas à l'autoriser à redevenir un micro-bébé. Parler comme un bébé. Manger comme un bébé. Se comporter comme un bébé. En fait, ça m'exaspère. J'ai honte de le dire. Je ne supporte pas de la voir régresser. Phase pourtant terriblement banale à l'arrivée d'un second enfant. La théorie est bien belle mais je le vis avec une violence inouïe.

Arrivera-t-elle un jour à accepter ce petit frère? Cette place chapardée?

Comment contrôler mes réactions, comment accepter son besoin de régresser?

Prendre du recul, prendre sur soi, c'est parfois difficile, pour moi en tous cas. Un jour après l'autre, j'essaie, je tente, mais je ne suis pas infaillible. A croire que c'est moi qui régresse. On dit qu'un enfant boulverse la vie à son arrivée. Je confirme que l'arrivée d'un second boulverse tout autant. Il n'y a pas de solutions miracles. Ni de recettes magiques. Si seulement... Devenir grand en restant petit, tout un paradoxe.

Je régresse, tu régresses, nous régressons. Mais c'est sûr, nous avançons dans la construction de notre famille.

 Enfin, je crois...

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