Deux mois que la vie s'organise à quatre. S'organise? Non, en fait, non. C'est juste une expression à la con. Un stress disproportionné me bouffe. Une culpabilité aussi. Maintenant, je suis mère de deux enfants et tout a changé. Une vraie claque à laquelle je n'étais pas préparée. J'ai fait des enfants dans l'amour, à chaque fois désiré, longtemps, ardemment, et je n'arrive toujours pas à croire ce que je suis en train de vivre. J'ai un Ouistiti de deux mois, que je boufferai tellement je l'aime, mon corps entier se vrille aux moindres pleurs, mon coeur se serre à chacun de ses sourires, mes yeux se noient dans son regard bleu acier, c'est plus que viscéral, inexplicable, inouï, cet amour que j'ai déjà pour lui, ce tout-petit, cet être si dépendant de moi. Mais à côté, il y a Zébulon. Zébulon qui a presque quatre ans et demi, qui n'est plus une toute petite fille, qui s'émancipe doucement mais qui ne doit pas grandir non plus trop vite. Et je l'avoue, je ne l'aime pas du même amour. J'ai même peur de dire que je l'aime moins. J'en pleure. Est-ce possible, de ne pas aimer de la même façon ses enfants, la chair de sa chair? En fait, je n'avais pas du tout imaginé cette fratrie et ce que j'en vois, ne me paraît pas très sain. Zébulon est constamment sur Ouistiti, elle veut l'embrasser, le caresser, lui parler tout le temps, ça m'horripile. A ce point, c'est pas normal. Je crois qu'elle cherche à attirer l'attention, à détrôner celui qui lui vole la vedette. Pourquoi je stresse tant? Simplement parce que j'ai aussi observé des petites choses moins agréables, comme Zébulon qui pince le nez d'Ouistiti ou qui répète souvent "qu'il n'y a pas que toi dans la maison". Je n'arrive pas à lâcher prise, à la laisser jouer avec lui. Cette situation m'est douloureuse, et si elle lui faisait mal pour de vrai? J'ai peur. C'est débile, mais j'ai peur. J'ai deux enfants, très différents, trop différents. Et je ne les aime pas pareil. Peut-être est-ce parce que je suis encore dans cette bulle fusionnelle avec Ouistiti due à son âge... Peut-être est-ce parce que Zébulon a nettement moins besoin de moi.... Peut-être est-ce parce que j'aime les bébés et que voir ma fille grandir, c'est difficile.... Vais-je pouvoir apporter à Zébulon les clés pour devenir une jeune fille épanouie, moi cette mère qui crie, cette mère qui a parfois l'impression de se forcer? J'ai l'impression d'être une horrible bonne femme, que ces pensées ne devraient pas être, que je devrais, par obligation sociétale, nager dans le bonheur de ma petite famille parfaite.... Et pourtant. J'ai deux amours, oui. J'ai deux enfants et j'ai deux amours...

 

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