Mercredi 7 Janvier 2015. Je pourrai te parler du début des soldes qui m'indiffèrent totalement. Je pourrai te parler de mon mal de dos, mon mal de crâne, de ma tension qui r'monte en mode râleuse de l'extrême. Je pourrai te parler de ce nouveau livre de Maxime Chattam que je dévore littéralement. Non. La journée avait pourtant commencé des plus banalement. Un déjeuner en famille et je pars piquer une petite sieste en même temps que mes maximonstres. La vie d'une banalité extrême. Les cris d'Ouistiti me réveillent, mais Papa Prout gère ce petit bébé-qui-aime-pas-rester-dans-son-lit-la-journée. Un clic et tout apparaît noir sur Facebook. Que se passe-t-il? Mon sang se fige. Les mots se répètent: attentat, liberté de la presse, terroriste, Charlie Hebdo. Je suis sidérée, je n'arrive pas à imprimer. Comme une envie de gerber. J'éteins l'ordinateur, je ne veux plus allumer la télé. Comme un besoin irrésistible de faire l'autruche. Si je ne le vois pas, ça n'a pas pu exister. J'envoie Zébulon et Papa Prout au marché, là où ils trouveront des sourires, les étales colorées du primeur, l'odeur du pain chaud chatouillant le nez. Moi je me plonge dans ma bulle avec Ouistiti: je lui donne son bain, me perdant dans ses grands yeux bleus, massant ses giboles dodues. Mais dans ma tête, ça ne s'arrête pas pour autant. Dans quel monde vit-on? Ai-je eu raison de faire des enfants? Quel avenir pour eux? La liberté d'expression s'éteindra-t-elle? Comment peut-on arriver à de telles atrocités? L'humour et la presse devront-ils se taire pour survivre? J'ai le coeur en berne, comme les drapeaux français. Douze personnes sont mortes aujourd'hui parce qu'ils travaillaient dans la presse, qu'ils illustraient avec humour les travers du monde. C'est tombé sur eux aujourd'hui mais ça pourrait être n'importe qui, n'importe où, pour n'importe quelle raison. A cause d'une poignée de fous qui déforment tout. L'humanité tourne pas rond. Je pense aux familles et amis des victimes, à la rage, la douleur et l'incompréhension qui les animent sûrement. Nous sommes tous des Charlie, oui. Mais j'avoue, là, j'ai juste envie de gerber...

 

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Source: Loïc Sécheresse (en hommage à Charlie Hebdo)