Cette date du calendrier, je la connaissais depuis quelques semaines... Ce 26 novembre 2014 sonnait la fin de cette seconde grossesse, le début de cette nouvelle vie à quatre. Malgré cela, il m'était impossible de réaliser comment cette rencontre allait changer ma vie.

Je suis rentrée à la maternité Paule de Viguier en fin d'après-midi, le 25 novembre, puisqu'Ouistiti ne s'était pas décidé à faire de surprise (un rêve pour moi, de faire comme dans les films, perdre les eaux au milieu de la nuit et tout, et tout), étonnament sereine. Je découvre ma chambre, ce petit berceau vide, cette table à langer, je m'installe, comme à la maison. Papa Prout m'accompagne, c'est un état étrange, avec mon gros bidou tendu, plus que pour quelques heures. Dernières photos, dernières caresses...

J'ai le droit aux derniers examens qui ne se révèlent pas très bons, je fais une pré-éclampsie...comme pour Zébulon. Trente-neuf semaines, c'est ma limite, il est temps que ça se termine. Une douche bétadinée, un "bon" repas, et je m'endors devant mon film préféré. Je roupille profondément, comme si mon corps savait que je devais emmagasiner ces dernières forces. La sage-femme me réveille à 6h30, la soif commence déjà à me tarauder. Allez, la césarienne est prévue pour 9h30. Re-douche et magnifique tenue de bloc, d'ailleurs c'est assez folko de mettre des bas de contension pas à ma taille, Papa Prout me fait marrer, ça ne fait que rouler, tant pis! On attend, on attend, l'oreille aux aguets, le moindre bruit dans le couloir, est-ce le brancadier? Non, toujours pas. Puis vers 10h, un bonhomme sympa arrive, c'est l'heure, nous partons pour cette rencontre avec Ouistiti.

Le stress monte un peu, pas pour la douleur, mais pour ce bébé pas tout à fait réel qui va bientôt être dans mes bras. Je commence à frissonner. Papa Prout s'arrête aux portes du bloc, il rentrera "quand je serai prête". Il y a beaucoup de monde pour m'acceuillir, entre les étudiants et les titulaires, près d'une dizaine de personnes masquées. Quelqu'un me demande le prénom d'Ouistiti, pour son petit bracelet, c'est la première fois que je le dis...notre petit secret rien qu'à nous touche à sa fin. Je dois me lever pour aller m'asseoir sur la table du bloc; les fesses à l'air. L'anesthésiste me pose la perf' sur la main gauche, même pas mal, puis la sat' et le brassard à tension. Puis le moment fatidique, l'interne va me poser la rachi: je me concentre, après une anéthesie locale, je fais le dos rond, baisse les épaules et commence la respiration abdominale comme aux cours de préparation. Je ne pense qu'à çà, mon souffle qui sort lentement de ma bouche, mon ventre qui se gonfle doucement. Surtout ne pas bouger et se concentrer. L'anesthésiste devant moi m'aide à garder la position, ce n'est pas agréable mais la douleur se gère. Enfin cette sensation que je n'oublierai jamais, mes jambes me quittent, 10h35 la rachi est posée, je dois vite m'allonger.

Tout le monde s'active autour de moi. Bétadine sur le ventre. Sensation glaciale et engourdissante. Bras en croix. Mise en place du champ devant mon visage. Je ne sens plus rien en dessous de ma poitrine. Comme coupée en deux.  Quelqu'un me propose du chauffage, je crois que c'est une blague, mais non, pour de vrai, un tuyau soufflant de l'air chaud vient me réchauffer, c'est agréable. Papa Prout rentre enfin dans sa tenue du Docteur Benton. Je souris. Le moment devient imminent. Puis c'est au tour du "patron" d'arriver, mon gynéco. Quelques blagues et c'est parti. J'entends tout, je ressens tout, ça bouge, ça appuie, mais pas de douleurs, la rachi c'est magique. Puis des sons métalliques, apparament Ouistiti se cache tout en haut de mon bidou, les spatules sont nécessaires. Et 10h58, ce dernier passage, il est né.

Pas de cris, juste les pas de la sage-femme dans le bloc pour nous apporter notre Ouistiti. Et juste près de nous, derrière les machines, ce cri puissant et vrillant mes trippes, mon bébé, mon tout-petit. La sage-femme me le pose sur la poitrine, il est si beau, tout rond, ses yeux noirs me transpercent, je n'oublierai jamais ce premier regard. Il est tout plein de vernix, ça glisse mais c'est rigolo, ses doigts me frôlent, ses pieds me cherchent. Je le trouve tellement parfait. Avec Papa Prout nous sommes mutiques, il n'y a pas de mots pour cette première rencontre. C'est une bouffée d'amour indescriptible.

La sage-femme l'emporte, je suis sonnée, puis Papa Prout le rejoins très vite, pour le peau à peau, son premier biberon. Quelqu'un revient me dire qu'il va bien. Très bien. Il mesure 49 cm et pèse 3,380g. Mon Ouistiti est né....et ma vie est boulversée.

 

1

Crédit: Séverine D. - Photographe

95589052_o