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Mais où est-elle passée? Où? Ma grossesse, cette deuxième grossesse, certainement, la dernière grossesse. Je croyais m'ennuyer, vautrée dans mon canapé, je croyais dépérir socialement, je croyais tourner comme une lionne en cage. Mais non, le temps a défilé, sans s'arrêter, toujours plus vite, et là, arrive la dernière échographie officielle, le dernier moment partagé avec Papa Prout avant la rencontre ultime, celle qui arrivera dans six semaines. Plus que six semaines. Et certainement un déclenchement. Cette symbiose unique avec mon petit garçon, ce ventre distendu, ces coups de pieds, de poings, de fesses... Tout sera fini. Je ne serai plus enceinte. Plus jamais. Les joies de la maternité définitivement derrière moi. J'ai peur. Une peur viscérale de ce deuil maternel, ce ventre vide. Pourtant, mes grossesses n'ont pas été idylliques, pour des yeux extérieurs (hypertension gravidique, maladie de Willebrand, obésité, pré-éclampsie, déclenchement, césarienne en urgence). Pour moi, si. Tellement suivie, tellement sereine, tellement détachée des risques X ou Y, j'ai vécu chaque instant avec ces petits êtres en devenir. Intensément. Même quand je râlais. Mais ça fait parti du folklore, n'est-ce pas? Je ne veux pas que ça se termine. Et puis, si. Mais en fait, non. Car je ne revivrai plus jamais çà. Non. J'ai peur d'oublier la sensation des roulades dans mon ventre. J'ai peur de ne plus me rappeler de toutes ces envies bizarres, de toutes ces symptômes étranges de grossesse. J'ai peur d'oublier l'émotion de la petite croix sur le test de grossesse, le premier boum-boum sur le petit écran noir, la révélation du sexe ou l'unique image de son visage dans sa vie aquatique. Inexplicable l'autre côté de la barrière. Nous devons lui trouver un prénom, mais je ne veux pas. Pour l'instant encore, c'est mon Ouistiti rien qu'à moi. Mais plus pour longtemps. La fin est pourtant inévitable, libératrice, source d'un autre bonheur. Mais ce n'est pas si simple. Dire au revoir, à tout jamais, à cet état. Un état tellement égocentrique, tellement unique. C'est la fin. La fin.