non_je_nallaiterai_pas 

Quand tu es enceinte, tu as toujours le droit aux mêmes questions...

"C'est pour quand?", bon bah normal, j'devrai me le tatouer sur le front ça serait plus simple (si t'es curieux, théoriquement c'est pour le 12 décembre mais avec mes antécédents, ça sera certainement mi-novembre, fin novembre).

"Alors, fille ou garçon?", au pire, t'as qu'une chance sur deux, héhé (je récapépète si tu veux, Zébulon est une fille, Ouistiti un garçon, et le premier qui me lance l'expression pourrie à propos du roi, j'lui fait manger son Tampax).

Mais il y a une question, qui arrive souvent ensuite, pas dénuée de sous-entendus: "Et tu vas l'allaiter?"

Vaste sujet épineux qui fait tant polémique, qui met le feu aux poudres, et parfois met si mal à l'aise. Non, moi je n'allaiterai pas. Sauf que là, les questions et autres avis fusent, selon que la personne en face de toi soit "pour" ou "contre", c'est parti pour la mitraillette: "Ah bon, pourquoi? Mais c'est tellement naturel! Et tu te sens tant femme, mère, vivante! Et pas besoin d'acheter toute la panoplie, tu feras des économies monstres.... Et puis, c'est ce qu'il y a de meilleur pour ton enfant!" ou bien, "T'as bien raison, faut laisser aussi la place au Papa! Et tu gardes tes beaux seins fermes! Exit les crevasses, les douleurs. Un biberon, c'est quand même la liberté de la femme!" Et gnian-gnian-gnian, et gnian-gnian-gnian.... Ma tête va exploser!

Non, je n'allaiterai pas. Je n'ai pas allaité Zébulon. Je n'allaiterai pas Ouistiti.

Ce n'est même pas vraiment un choix, ni une question qui m'a effleuré ne serait-ce qu'une seconde pendant mes grossesses, C'est juste comme çà. En fait, je me suis construite ainsi. Je m'explique. J'ai apparament dans mes gênes une petite particularité familiale, ma grand-mère, ma grande-tante, et d'autres femmes de ma famille me l'ont transmise. C'est l'hypertrophie mammaire. Ce qui veut dire, avoir des seins extraordinairement gros. Dans mon cas, ça relevait de la maladie, car à 16 ans, je faisais un 115 G. Oui, oui, tu as bien lu, 115 G, je ne me suis pas trompée ni de chiffre, ni de lettre. Les hommes pourraient en fantasmer, les femmes en jalouser mais en fait, c'est juste très très galère. Mal de dos, mal aux cervicales, enfermement social, difficultés à s'habiller... C'est pas tout rose d'avoir des gros seins, et encore plus adolescente. J'ai rempli tous les critères pour être prise en charge par la Sécurité Sociale et à 16 ans, j'ai eu une réduction mammaire: ce qui m'a allégé de plus de 450g sur chaque sein. Mais cette intervention qui retire près de la moitié de chaque sein et donc la moitié de la glande mammaire, ça implique que je pourrai pas allaiter (car les glandes qui fabriquent le lait seraient toutes petites, trop petites, le chirurgien me dit).

Je ne regrette vraiment pas cette intervention, elle a changé ma vie. A 16 ans, on commence doucement à construire sa vie de femme, on imagine même pas encore sa vie de mère. Mais moi, déjà, je le savais, je n'allaiterai pas. Et j'ai grandi avec cette idée.

Suis-je une mauvaise mère parce que j'ai fait ce choix physique et psychique de garder mes seins rien que pour moi?

C'est vraiment mauvais un biberon?

Zébulon me pose énormément de questions sur ce petit frère qui va bientôt aggrandir la famille, et notamment sur les seins (car même opérée, j'ai retrouvé toute la sensibilité et même la connexion de certains canaux lactifères puisque je perle de temps en temps), pourquoi je vais pas donner le sein? Pourquoi on donne le biberon parfois? Pourquoi elle a pas têté le sein de maman? Pourquoi elle peut pas essayer maintenant? Pourquoi il n'y a pas du lait qui sort de ses seins à elle? Quand est-ce que ses seins vont-ils pousser?

Bref, ça me fait réfléchir... Beaucoup. Et si....?

Je n'allaite pas. D'autres oui. C'est un choix pour certaines. Pas pour d'autres. A vrai dire, on s'en fiche. Le principal, c'est pas de prendre plaisir dans la relation avec son bébé pendant qu'on le nourrit? D'être vraiment là pendant qu'on lui donne à manger, psychiquement parlant. Mieux, mal, stoppe, je fais juste comme je peux, comme je veux, différent du voisin, pareil que l'autre... Un simple mot pour finir: Tolérance...